Il m'arrive souvent, si ce n'est pas toujours, d'avoir l'impression que je puisse connaître les personnes qui m'entourent. En vérité, je me trompe la plupart du temps car l'Homme n'a pour d'autres ambitions que de mentir et de se donner une fausse image. On me dit des mots doux, des mots d'amours, des mots simples mais merveilleux... que des mensonges. Il est si dur maintenant de faire confiance, de permettre une nouvelle fois à quelqu'un de pénétrer mon âme dans toute son intégrité. Je pensais pouvoir faire confiance et il s'est avéré que la confiance relevait de l'utopie. Ce n'est pas que j'ai perdu la foi... on me l'a tout simplement dérobée. La question est de savoir si malgré tout cela, tout ce mensonge sur l'Humanité, il est préférable de faire avec ou au contraire, de se dresser contre cette fatalité.
Pour exemple, je prendrais ma propre histoire. Rencontré il y a très peu de temps, L. semblait être une personne honorable, dont les vertus et la dignité n'avaient pas d'égaux. Il s'est avéré que je me fusse trompé ; toutes les valeurs auxquelles il croyait, auxquelles il attachait une importance encore plus grande qu'à sa propre vie... il les a abandonné. Il prétendait être différent ; il fut prouvé qu'il était comme les autres. Il pensait valoir ce qu'il disait, il en était tout autre. Tout ce qu'il avançait n'avait pour d'autres buts que de servir son jeu de séduction. Il est difficile alors de se rendre compte de la bassesse de la personne... surtout lorsque l'on tient énormément à elle. Aujourd'hui je ris, je ris d'avoir été si naïf, d'avoir cru pendant longtemps que l'on pouvait faire confiance aux Hommes. Il a trahit ce qu'il était pour devenir ce qu'il est à présent : un être indigne, ne respectant même plus sa propre personne. C'est à partir de là que je me suis rendu compte que l'Homme en soit, n'est pas limité à une seule et unique personnalité. Chacun de ses actes fait ce qu'il est mais aussi ce qu'il sera. Ainsi, je me dis que l'être mauvais peut être bon et inversement. Le plus dur, c'est d'en assumer les conséquences, d'en assumer ce que cela implique. Je ne dis pas que je suis parfait mais je prétends n'être encore jamais entré dans une doctrine personnelle qui entrerait totalement en contradiction avec mon passé, avec ce que j'ai pu être.
Je sais également tacitement que le fait de devenir mauvais n'implique pas une finitude ; c'est-à-dire que je ne pense pas que devenir mauvais soit forcément lié à l'idée de stagnation. Alors un Homme qui devient mauvais a la possibilité de redevenir bon ; j'entends par bon le fait d'être en adéquation avec son intégrité propre, avec ce en quoi l'on croit. Il n'est donc plus limité à ce qu'il est et représente donc le multiple dans l'unicité. Malgré tout cela, mon passé restera et celui de ceux que je connais également, constituant une partie de ce que je serais et de ce que je penserais. C'est pourquoi il me sera difficile de lui pardonner ce qu'il a fait. Cela m'est égal en vérité ce qu'il a pu commettre, ce que je ne peux accepter en revanche, c'est d'avoir été trompé moralement. Cette image qu'il avait réussit à me faire de lui s'imposait à moi comme l'unique solution à ce qu'il était. Le fait qu'aujourd'hui cette image soit détruite par son attitude, constitue la négation profonde de toutes les vérités que je lui avais attribuées. Je me retrouve donc dans l'annihilation de ce qu'il était car la blessure me fait oublier son passé ; son présent faisant de lui une toute autre personne. Je sais pourtant que c'est par souffrance qu'il est devenu ainsi mais je ne parviens pas dans ce cas précis à partager son point de vu quant à sa manière de l'aborder car ce n'est pas seulement lui qu'il trahit mais également tout ce à quoi son premier être ressemblait.
C'est pourquoi aujourd'hui je n'ai plus confiance. Pour moi, la chose la plus dure à supporter n'est pas le fait qu'il est différent mais le fait qu'auparavant il était mieux ; il était différemment meilleur. Pourquoi cela me touche-t-il tant ? Comment puis-je expliquer le fait que ce qui concerne une personne « proche » puisse m'impliquer inexorablement ? A vrai dire, les réponses à ces questions ne m'intéressent plus. Ce qui en revanche attise ma curiosité, c'est la compréhension de ce qui conduit à ces questions rhétoriques. Maintenant je sais qu'il ne faut plus faire confiance, qu'il ne faut plus croire que le parfait le sera toujours et que l'Homme en soi, n'est pas forcément limité à ce qu'il « est » en son présent. Malheureusement, son futur peut devenir ce que l'on désire le moins, jouant ainsi avec les prédictions et les extrapolations. En soi, l'Homme est l'être le plus dangereux du monde car il est l'origine même de ce qu'il est et par là même dispose des clefs de ce qu'il sera.